Pour Laurent Sbasnik...

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Pour Laurent Sbasnik, disparu tragiquement dans l'accident d'hélicoptère du 9 mars 2015 en Argentine.

 

Une étoile qui tombe et c’est fini. Il n’y a plus que le silence…le silence et l’absence et quelques images poignantes qui serrent la gorge.

La disparition de Laurent Sbasnik est une tragédie. Implacable, inhumaine, injuste, la mort l’a saisi, l’a foudroyé. Pour nous tous, ses amis, un univers s’est écroulé.

Durant trois mois avec Olivia Delpau qui réalisait alors la série « Sur les volcans du monde » (Arte), nous avons vécu une aventure humaine inoubliable, insensée, en compagnie des plus impressionnants volcans actifs de la planète.

Incrédule, lucide, fasciné, réfugié derrière le viseur de sa caméra, il était conscient du caractère exceptionnel des instants qu’il vivait…de ces instants qui échappent au temps…Il se sentait légitime et à sa place sur ces volcans qui grondent et déversent leurs cataractes incandescentes. Aujourd’hui, je pense que je n’ai pas su lui dire merci de m’avoir suivi sans hésitations tout près de ces longues coulées de lave à la dérive ou sous ces gerbes de feu qui s’écartèlent sur le ciel noir. Il était alors invincible et ne pouvait même pas imaginer ce que signifiait la mort ! Toujours il osait…chez lui, la connaissance rationnelle du risque était impuissante à enrayer la force d’attraction des situations.

Je le revois avec son regard ébloui, émerveillé, brillant d’émotion et de fierté, la caméra sur l’épaule, plié sous les rafales de vent, les yeux à demi fermés pour se protéger des nuages de cendre qui le flagellaient. Cette étreinte avec le volcan, il l’aimait…Il aimait ces joies fantastiques qui parfois succédaient à des tensions violentes. Nul doute que ses images résisteront à l’acide du temps qui passe.

Aujourd’hui, il ne me reste que la mémoire pour tenter de faire revivre ces instants jusqu’au vertige…Pour parler de lui, je voudrais des mots qui brillent, des mots brûlants qui étincellent.

C’est parce qu’il ne se souciait pas de plaire qu’il avait un charme incomparable. Dans son sourire, ni calcul, ni séduction. Romantique, détaché, il ne voulait pas qu’on l’aime…simplement qu’on le préfère. Passionné, rieur, décontracté, merveilleux de sincérité, parfois émouvant, il faisait partie de ceux qui refusent de se laisser engluer dans la routine. Drôle, spontané, d’une grande simplicité, il laissait des traînées de fous rires derrière lui. Son visage plein de lumière dorée exprimait la liberté comme une insolence, comme une colère, comme une joie sauvage, avec une expression si forte, si brûlante qu’on ne pouvait longtemps soutenir son regard.

Adieu Laurent…Tu as laissé tous tes rires dans nos yeux. Tu as percuté les époques, traversé la vie en météorite. Ne reste plus à cet instant qu’un long, un terrible silence qui serre les tempes et fait palpiter le cœur.

Comme un coquillage que l’on porte à l’oreille pour y entendre l’infini, il n’y a plus maintenant que des silences qui parlent, des mots imprononçables, d’anciens souvenirs où une tristesse s’endort et c’est impossible à dire.

 

Guy de Saint-Cyr

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